Par le Prof. Dr Omar Ali Al-Harash – Président du Conseil suprême de l’Union arabe des journalistes, des professionnels des médias et des intellectuels arabes
La lecture de la situation yéméno-saoudienne actuelle exige une distinction précise entre l’escalade médiatique et politique d’une part, et les probabilités réelles sur le terrain d’autre part, notamment à la lumière des récents développements menés par Sanaa, incluant les déclarations de mobilisation générale et la « bataille de la levée du siège ».
La réalité objective indique que la situation actuelle oscille entre une « pression politique dure » et le « bord du gouffre », et peut être décomposée comme suit :
1. Contexte de l’escalade médiatique de Sanaa
Le discours récemment émis depuis Sanaa (à travers les déclarations des conseils des députés et de la choura, ainsi que les annonces de mobilisation générale) adopte une tonalité élevée laissant entendre des options militaires et un retour possible aux frappes en profondeur contre le territoire saoudien. Cette escalade est motivée par plusieurs facteurs principaux :
- Le dossier économique et des salaires : Sanaa estime que l’Arabie saoudite retarde la mise en œuvre des engagements de la feuille de route et des accords précédents liés à la levée des restrictions économiques, à la réouverture totale des aéroports et des ports, ainsi qu’au versement des salaires à partir des revenus du pétrole et du gaz.
- Lien avec le dossier de Gaza et de la mer Rouge : Dans le cadre de la confrontation en cours en mer Rouge avec les États-Unis et le Royaume-Uni, Sanaa cherche à empêcher Riyad d’apporter un soutien logistique ou politique à la coalition internationale contre elle, ou de faciliter des opérations terrestres des adversaires locaux sur la côte ouest ou dans les provinces du sud.
- Absorption de la pression interne : Certains observateurs estiment que la rhétorique de guerre extérieure est parfois utilisée comme outil pour détourner la colère populaire liée à la détérioration des conditions de vie et de la situation économique vers un « ennemi extérieur ».
2. Position saoudienne et lignes rouges
De son côté, l’Arabie saoudite semble très prudente quant au risque de retomber dans l’engrenage militaire au Yémen. Riyad place la stabilité de sa sécurité et ses priorités économiques (Vision 2030) au sommet de ses priorités.
Les canaux diplomatiques en cours — y compris les discussions directes ou indirectes via Oman ou avec l’Iran — indiquent que l’Arabie saoudite privilégie une solution politique et la « neutralisation » des problèmes en suspens.
Cependant, l’Arabie saoudite prend ces menaces très au sérieux sur le plan défensif, ayant renforcé ses systèmes de الدفاع aérien le long de sa frontière sud par mesure de précaution contre toute surprise.
3. Une guerre est-elle réellement à venir ?
Le scénario le plus probable actuellement est celui d’une politique du bord du gouffre (brinkmanship) plutôt que celui d’une guerre totale comme celle qui a commencé en 2015.
L’objectif est une « négociation par le feu » : à travers cette mobilisation médiatique et tribale, le gouvernement de Sanaa cherche à obtenir des gains économiques et des concessions de Riyad, et à l’obliger à signer une feuille de route de paix selon les conditions proposées, en profitant du désir marqué de désescalade de l’Arabie saoudite.
Possibilités d’escalade limitée : si la pression politique échoue, nous pourrions assister à des escalades localisées ou à des frappes d’avertissement limitées (ciblant des installations économiques ou énergétiques) pour démontrer le sérieux des menaces. Toutefois, les acteurs régionaux et internationaux (y compris ceux impliqués dans le processus de médiation sino-iranien-saoudien) déploient des efforts intensifs pour éviter un effondrement complet de la trêve fragile.
Sur la base des données professionnelles, les tambours de la guerre résonnent fortement sur le plan médiatique comme outil de pression stratégique, mais la volonté réelle d’aller vers une guerre ouverte et destructrice reste contenue par des calculs complexes de coûts et de bénéfices des deux côtés, à Sanaa comme à Riyad.
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