Haïdi Mostafa Makki

Dans une démarche officielle qui redessine les contours des échanges sur le plus grand marché de l’or au monde, les décisions des banques chinoises interdisant et liquidant les comptes de négociation de « l’or papier » (Paper Gold) ainsi que les produits dérivés à haut risque destinés aux investisseurs particuliers sont désormais pleinement entrées en vigueur. Des millions d’investisseurs sont ainsi contraints de clôturer leurs positions financières ou de les convertir en or physique tangible dans un délai déterminé.

Les principaux détails du calendrier :

Date de l’annonce : Les banques ont publié leurs directives et notifications à leurs clients les 24 et 25 juin 2026, en leur accordant un délai d’environ un mois pour liquider leurs positions.

Date d’entrée en vigueur définitive : À l’issue de la séance de compensation du 24 juillet 2026, tous les comptes et applications numériques liés à la négociation de produits dérivés financiers destinés aux particuliers via les banques seront fermés.

Ces mesures structurelles interviennent alors que les autorités de régulation à Pékin cherchent à mettre un terme aux pratiques spéculatives, à protéger les petits investisseurs contre les fortes fluctuations des marchés et à reconstruire le marché chinois de l’or sur des bases solides reposant sur le métal physique conservé dans les coffres.

Un resserrement de l’étau sur le « trading numérique » :

Selon les données publiées par les principales banques publiques et commerciales chinoises — notamment la Banque industrielle et commerciale de Chine (ICBC), la Banque d’épargne postale de Chine et Ping An Bank — tous les services de négociation par mandat des contrats à terme et contrats différés sur l’or et l’argent (tels que les contrats Au T+D) destinés aux investisseurs particuliers via la Bourse de l’or de Shanghai (Shanghai Gold Exchange – SGE) ont été totalement interrompus.

Les banques ne se sont pas contentées de suspendre l’ouverture de nouveaux comptes ; elles ont également relevé les exigences de marge sur les comptes existants à un niveau record de 140 %, afin de contraindre les spéculateurs à liquider leurs positions. Les entreprises et les grandes institutions financières ont toutefois été totalement exemptées, tandis que l’achat et la détention de lingots physiques ainsi que des fonds négociés en bourse (ETF) ont été facilités.

Le quotidien britannique Financial Times a confirmé que cette initiative chinoise reflète la volonté sérieuse de la banque centrale et des autorités financières de « purifier le système bancaire des instruments financiers complexes » susceptibles de présenter des risques systémiques. Le journal souligne que le recours à l’effet de levier par les petits investisseurs a favorisé des comportements spéculatifs excessifs, faisant de leur protection une priorité absolue afin d’éviter toute crise de liquidité ou tout défaut de paiement.

Dans un rapport d’analyse, Reuters a indiqué que la fermeture des opérations sur l’or papier pour les particuliers vise principalement à réorienter l’épargne des ménages vers des actifs plus sûrs et plus stables. L’agence cite des analystes économiques selon lesquels Pékin souhaite réduire le bruit généré par les transactions sur écran et la spéculation rapide, afin que les prix de l’or à l’intérieur du pays reflètent réellement les niveaux de l’offre et de la demande d’or physique.

Le quotidien américain The Wall Street Journal a mis en avant la dimension stratégique de cette décision, soulignant que la Chine — premier consommateur et premier producteur mondial d’or — cherche à concentrer le pouvoir de fixation des prix du métal précieux au sein de la Bourse de Shanghai. Plutôt que de s’appuyer sur les contrats dérivés et les produits papier, comme c’est le cas à Wall Street et à Londres, Pékin souhaite renforcer un marché reposant directement sur la livraison physique effective.

Une nouvelle carte des marchés des métaux précieux :

Les économistes estiment que cette évolution redessinera la carte de la demande mondiale d’or. Si le volume global des transactions sur écran en Chine pourrait diminuer en raison du retrait des investisseurs particuliers et du recul du trading numérique de l’or, la demande réelle de lingots physiques destinés à l’achat et au stockage devrait augmenter de manière significative.

Cette transformation structurelle consacre une nouvelle réalité : Pékin refuse que le prix de son or soit prisonnier « d’un écran et de chiffres virtuels » et affirme que seul l’or physique détient le dernier mot.


Discover more from المنتدى الدولى للصحافة والإعلام

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire