Par Amal Mokhtar
Les Nations Unies ont institué la Journée internationale de lutte contre l’islamophobie, célébrée chaque année le 15 mars, afin de sensibiliser à ce phénomène et d’encourager la coopération internationale pour le combattre.
Cependant, il ne faut pas généraliser en affirmant qu’un Occident déteste l’islam et qu’un Orient le défend. En réalité, il existe des groupes d’extrême droite, ainsi que certains courants de la gauche laïque, qui cherchent à réduire le rôle culturel et social de l’islam afin d’empêcher les musulmans et leur religion d’occuper une place importante dans les sociétés européennes.
Il existe également une idée fausse largement répandue chez certains non-musulmans, alimentée par ces groupes, selon laquelle le Dieu de l’islam serait dur et implacable. Or, dans la réalité, Dieu en islam est désigné par de nombreux noms, parmi lesquels le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, le Pardonneur, l’Aimant et le Subtil, entre autres.
L’ancien président égyptien Anouar el-Sadate a déclaré lors d’une émission télévisée intitulée La crise et la foi, avec Hald Brydsen, que la personne qui lui avait ouvert la voie vers la véritable compréhension de la foi durant son emprisonnement était Lloyd C. Douglas, un pasteur chrétien, après la lecture de son ouvrage Magnificent Obsession.
De même, en 1946, le cheikh Mohamed Arafa, l’un des grands savants d’Al-Azhar, a publié un article dans la revue Al-Azhar, appelant à renforcer la coopération entre l’islam et l’Occident. Marqué par les destructions de la Seconde Guerre mondiale et par l’invention de la bombe atomique et d’armes destructrices, il a mis en garde contre la possibilité de l’anéantissement de l’humanité en cas de nouvelle utilisation de ces armes. Il a conclu qu’il n’existait aucune alternative à un rapprochement entre les peuples, à l’élimination des causes de conflit et de haine, et à la construction d’un monde considéré comme une seule communauté. Il appelait ainsi l’Occident à mieux comprendre l’islam, tout comme les musulmans doivent comprendre la civilisation occidentale. Une fois les préjugés dissipés, les deux parties pourraient coopérer au service de l’humanité, transformant la méfiance en compréhension et le conflit en paix.
Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a également souligné ce message en déclarant :
« Depuis plus de 1 000 ans, le message de paix, de compassion et de miséricorde de l’islam inspire les peuples du monde entier. Le mot “islam” partage d’ailleurs la même racine que le mot “paix”. Lorsque j’étais Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, j’ai été témoin de la générosité des pays musulmans qui ont ouvert leurs portes à des personnes contraintes de fuir, tandis que d’autres États fermaient leurs frontières. J’ai également vu une illustration contemporaine de l’enseignement coranique de la sourate At-Tawba : “Et si l’un des polythéistes te demande protection, accorde-la-lui afin qu’il entende la parole de Dieu, puis reconduis-le en lieu sûr. Cela parce que ce sont des gens qui ne savent pas.” Cette protection, selon le Coran, s’applique aussi bien aux croyants qu’aux non-croyants. Elle constitue une expression remarquable de la protection des réfugiés, bien avant la Convention de 1951. »
Le Secrétaire général a également averti que la discrimination et la haine à l’égard des musulmans ont atteint des niveaux alarmants, voire épidémiques, à la suite d’un rapport international du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies mettant en lumière la montée de l’islamophobie dans plusieurs régions du monde.
Je rejoins également l’avis de Miguel Ángel Moratinos, Haut Représentant des Nations Unies pour l’Alliance des civilisations et envoyé spécial pour la lutte contre l’islamophobie, selon lequel l’islam est mal compris dans le monde occidental. Il est donc essentiel de recourir à l’éducation et de mettre en place des programmes spécifiques pour expliquer la nature de l’islam et du Coran. Beaucoup n’ont jamais lu le Coran et ignorent donc son contenu. En expliquant et en enseignant, il est possible de dissiper les malentendus et de poser les bases de relations meilleures, fondées sur le respect mutuel. Pour cela, il est nécessaire d’intégrer des éléments dans les systèmes juridiques occidentaux et européens afin de lutter contre la discrimination, la haine et la violence envers les musulmans qui souhaitent vivre en paix et dans la dignité.
Plusieurs priorités doivent être mises en œuvre pour lutter contre ce phénomène, notamment le dialogue interreligieux afin de renforcer la compréhension mutuelle et de bâtir des ponts de confiance, la coopération internationale entre gouvernements et organisations pour échanger les expériences et mettre en œuvre des initiatives contre l’intolérance religieuse et la haine, ainsi que la promotion d’un discours religieux modéré appelant à la paix et au respect d’autrui.
Les médias responsables jouent également un rôle essentiel dans la lutte contre la désinformation, la mise en avant de modèles positifs et la clarification du véritable message de l’islam à travers le monde.
Enfin, j’invite le monde à observer l’expérience égyptienne. Tout au long de son histoire, l’Égypte a constitué un modèle de coexistence entre les différentes religions. Musulmans, chrétiens et juifs ont vécu au sein d’un même tissu national, unis par leur appartenance à la patrie. L’identité religieuse n’a jamais été un critère de citoyenneté en Égypte. Les valeurs de tolérance et de vivre-ensemble ont toujours constitué la base des relations entre les citoyens.
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