La ministre française de la Justice au cœur de la controverse.. Islamophobie et deux poids deux mesures entre l’interdiction de la polygamie et la multiplicité des relations hors mariage au nom des libertés individuelles

Rédigé par le Dr Hany Khater

Les politiques françaises à l’égard des musulmans suscitent un débat continu sur les limites de la laïcité, la liberté de croyance et les droits des femmes, notamment lorsque la polygamie est présentée comme une question liée à l’islam et aux musulmans, tandis que d’autres formes de relations personnelles font l’objet de débats différents au sein de la société française.

Certaines publications font circuler des récits controversés au sujet de la ministre française de la Justice, affirmant qu’elle aurait saisi la justice pour établir la filiation de sa fille parmi huit hommes avec lesquels elle aurait entretenu des relations. Ces publications établissent également un lien entre ce récit et des déclarations attribuées au président français Emmanuel Macron au sujet de la femme musulmane, ainsi que d’autres propos attribués à la ministre chargée de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, concernant la criminalisation de la polygamie.

Toutefois, ces allégations nécessitent des sources fiables permettant d’en vérifier l’exactitude et ne peuvent être considérées comme des faits établis en l’absence de preuves. Néanmoins, le débat qu’elles soulèvent ouvre la voie à une question importante concernant les deux poids deux mesures dans le traitement des questions relatives aux femmes, aux relations familiales et à la religion.

L’islamophobie et les deux poids deux mesures

Les critiques de certaines politiques et de certains discours français estiment que l’accent mis sur la polygamie en tant que phénomène associé aux musulmans peut contribuer à renforcer les stéréotypes sur l’islam, notamment lorsque cette question est abordée dans le cadre de débats plus larges présentant les musulmans comme un défi aux valeurs de la République française.

Dans ce contexte, une question légitime se pose : pourquoi certaines pratiques familiales associées aux musulmans sont-elles parfois utilisées pour donner une image générale d’une religion entière, alors que les relations hors mariage, la multiplicité des relations amoureuses et l’infidélité conjugale sont abordées dans des contextes sociaux et juridiques différents ?

Cette comparaison ne signifie pas que toutes ces pratiques sont juridiquement ou moralement équivalentes, ni que l’autorisation d’une forme de relation implique nécessairement l’autorisation de la polygamie. En effet, la polygamie en tant que régime matrimonial se distingue des relations consenties entre adultes, chacune ayant son propre statut juridique. Toutefois, la question fondamentale concerne la cohérence du discours public dans le respect de la liberté individuelle et de la dignité humaine, sans transformer une question particulière en un moyen de généraliser des jugements à l’ensemble d’une communauté religieuse.

Protéger la femme musulmane ou parler en son nom ?

Lorsque les responsables politiques affirment se préoccuper des droits des femmes musulmanes, l’opinion publique est en droit de se demander si cette protection repose sur le respect de leur volonté et de leurs droits individuels ou si elle est parfois utilisée pour justifier des politiques qui limitent leurs choix en raison de leur identité religieuse.

La véritable protection des femmes consiste à lutter contre la violence, la contrainte, l’exploitation et la discrimination, que ces pratiques se produisent au sein d’une famille musulmane ou non musulmane. Elle implique également de respecter le droit des femmes à prendre leurs propres décisions personnelles, dès lors qu’elles ne portent pas atteinte aux droits d’autrui et ne contreviennent pas à la loi.

Toute critique de la polygamie ne constitue pas nécessairement une preuve d’islamophobie. Cependant, il est également impossible d’ignorer le risque de discours discriminatoires lorsque les pratiques de certains individus sont attribuées à une religion entière ou lorsqu’une communauté religieuse est constamment considérée avec suspicion.

La laïcité ne signifie pas cibler une religion en particulier

La laïcité française repose sur l’organisation des relations entre l’État et les religions ainsi que sur la garantie de la liberté de conscience dans le cadre de la loi. Par conséquent, le débat sur la polygamie devrait porter sur les droits des épouses et des enfants, l’égalité juridique et les responsabilités familiales, plutôt que de transformer cette question en une confrontation entre la France et l’islam.

Le rejet d’une pratique sociale particulière peut constituer une position juridique ou morale légitime. Toutefois, la justice exige que les critères soient clairs et qu’ils ne se transforment pas en jugements collectifs visant les personnes en raison de leur religion ou de leur culture.

Par ailleurs, lutter contre l’islamophobie ne signifie pas justifier la contrainte ou porter atteinte aux droits des femmes au nom de la religion. Cela signifie défendre l’égalité et la dignité humaine sans appliquer les principes de manière sélective.

La question qui s’impose

Si la protection des femmes constitue l’objectif principal, leurs droits et leur dignité doivent être au centre des politiques et des débats, et non leur seule identité religieuse. Si l’égalité devant la loi est un principe républicain, son application à tous doit être examinée selon des critères cohérents, tout en tenant compte des différences juridiques entre les diverses pratiques.

L’enjeu fondamental n’est pas de défendre la polygamie ni d’attaquer la société française, mais de refuser que les droits des femmes soient utilisés comme un instrument de généralisation religieuse ou politique et d’exiger des critères équitables qui protègent les femmes, respectent les libertés individuelles et combattent la discrimination partout où elle apparaît.

La France parviendra-t-elle à distinguer la protection des droits des femmes et la lutte contre les pratiques contraires à la loi, d’une part, des stéréotypes visant les musulmans et de l’islamophobie, d’autre part ?

C’est la question qui mérite un débat sérieux fondé sur les faits et les preuves, loin des généralisations, de la désinformation et de la sélectivité.


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HANY KHATER

Le Dr Hany Khater est titulaire d'un doctorat en tourisme et hôtellerie ainsi que d'une licence en journalisme et médias. Il occupe actuellement le poste de président du Forum international pour le journalisme et les médias. Il a également précédemment dirigé le bureau canadien de l'Union internationale de la presse arabe et assuré la rédaction en chef du site de l'Union, aux côtés de plusieurs autres plateformes médiatiques. Le Dr Hany Khater possède une vaste expérience dans le domaine du journalisme et des médias et travaille comme journaliste et auteur, s'intéressant aux questions de corruption, de droits de l'homme et de libertés publiques. Ses travaux se concentrent sur les questions touchant les sociétés arabes, notamment la justice sociale et les droits civils. Au cours de sa carrière professionnelle, il a publié de nombreux articles et enquêtes portant sur les questions des droits de l'homme et les violations touchant les libertés publiques, ainsi que sur les questions de corruption. Son style se distingue par son audace, sa clarté et son souci d'aborder les questions avec professionnalisme et transparence, contribuant ainsi à renforcer la sensibilisation de la société. Le Dr Hany Khater est convaincu que le journalisme représente une force influente dans la formation de la conscience et la lutte contre la corruption, l'injustice et les violations. Il estime également que des médias responsables contribuent à renforcer la pensée critique, à soutenir les valeurs de justice et de liberté et à construire des sociétés plus équitables.

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