Le Conseil des ministres saoudien a réaffirmé, le 3 novembre dernier, la poursuite des efforts diplomatiques visant à préserver la sécurité et la stabilité, en coordination avec les pays concernés par le dossier de médiation entre les États-Unis et l’Iran.
Dans le même temps, Riyad a souligné qu’elle veillerait à protéger « la souveraineté nationale, la sécurité de la navigation maritime et les approvisionnements énergétiques mondiaux », réaffirmant ainsi l’engagement du gouvernement à garantir la sécurité des citoyens et des résidents. Le Royaume entend également poursuivre ses livraisons de pétrole afin d’éviter une aggravation des crises internationales et une récession économique de grande ampleur susceptible d’affecter le commerce mondial pendant plusieurs années.
Cette position politique coïncide avec la visite à Pékin de Musaed Al-Aiban, conseiller à la sécurité nationale saoudienne, porteur d’un message du prince héritier Mohammed ben Salmane destiné au président chinois Xi Jinping. Elle intervient également dans un contexte de contacts menés par le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, avec ses homologues de plusieurs pays, dont le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth.
Ces initiatives soutenues montrent que la politique saoudienne aborde la crise actuelle dans le Golfe arabe à travers plusieurs axes complémentaires, associant diplomatie, coordination en matière de défense, protection des intérêts économiques et volonté manifeste d’éviter à la région une nouvelle guerre qui épuiserait ses ressources et exposerait la sécurité régionale à de graves risques.
Riyad est consciente que mettre fin à la confrontation entre les États-Unis et l’Iran ne sera pas une tâche facile, d’autant plus qu’un troisième acteur considère la guerre comme nécessaire et estime qu’une occasion favorable se présente pour renverser le régime iranien : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui exhorte le président américain Donald Trump à reprendre les frappes militaires.
La nécessité de traiter les risques d’une reprise du conflit et les menaces qui en découleraient a imposé une action sur plusieurs fronts. Cela s’est notamment manifesté par la visite d’une délégation de « l’Alliance de La Mecque » à Téhéran en octobre dernier, ainsi que par l’activité du « groupe quadripartite » en soutien à la médiation qatarie.
Concernant la visite de Musaed Al-Aiban en Chine, les observateurs constateront qu’elle revêt une importance politique et sécuritaire dépassant le cadre des relations bilatérales entre Riyad et Pékin. La Chine est en effet le garant de « l’accord de Pékin » conclu entre l’Arabie saoudite et l’Iran, signé en mars 2023 par Al-Aiban au nom de Riyad et par le défunt Ali Shamkhani au nom de Téhéran.
Pékin a également accueilli le sultan d’Oman, Haitham ben Tariq, qui a discuté avec le président chinois Xi Jinping des questions énergétiques, de la sécurité des voies maritimes et du rétablissement de la navigation dans le détroit d’Ormuz dans des conditions normales et sans restrictions. Les deux pays ont par ailleurs réaffirmé leur soutien à une résolution de la crise régionale par le dialogue.
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a également rencontré à Pékin, le 2 novembre dernier, Ali Bagheri Kani, vice-secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien. À cette occasion, Pékin a réaffirmé sa « disponibilité à poursuivre son travail avec toutes les parties pour instaurer la paix ». Cette rencontre témoigne d’une intense activité diplomatique qui place la Chine au cœur des efforts élargis de désescalade régionale.
La Chine dispose d’une influence économique importante en Iran et ses intérêts sont étroitement liés à la stabilité du Golfe arabe ainsi qu’à la continuité des flux énergétiques. Elle entretient notamment avec l’Arabie saoudite des partenariats commerciaux de plusieurs milliards de dollars. Cette position pourrait lui permettre d’encourager Téhéran à prendre des engagements sérieux susceptibles de soutenir la médiation qataro-pakistanaise et de rendre la position iranienne plus souple et plus réaliste.
Il ne faut toutefois pas négliger un élément essentiel : Pékin possède ses propres considérations stratégiques, qui la conduisent à veiller à la sécurité de l’Iran et à s’opposer aux pressions militaires américaines exercées contre ce pays. Cette approche s’inscrit, dans son ensemble, dans le contexte de la rivalité entre Pékin et Washington et des équilibres stratégiques entre les deux puissances.
La coordination saoudo-chinoise élargit les canaux d’influence sur l’Iran et l’encourage à faire preuve de davantage de souplesse politique et à répondre positivement à la médiation qatarie. C’est précisément ce que cherche à obtenir Riyad, afin que les médiateurs puissent transmettre des propositions ou une offre iranienne réaliste susceptible d’être acceptée par le président américain Donald Trump.
Dans cette perspective, un règlement nécessite deux processus étroitement liés, menés en parallèle. Le premier repose sur un accord entre Washington et Téhéran concernant le programme nucléaire, les sanctions économiques, les avoirs gelés, le blocus maritime et la réouverture complète du détroit d’Ormuz.
Le second concerne la mise en place d’arrangements régionaux entre l’Iran et ses voisins, portant sur la liberté de navigation maritime sans restrictions, le respect de la souveraineté nationale des États, la cessation des attaques armées et l’arrêt du soutien aux cellules de sabotage et aux milices.
Certes, la progression de ces deux processus exige du temps, une démarche graduelle, des accords solides et le rétablissement d’une confiance aujourd’hui largement absente. Toutefois, l’un des deux axes peut avancer avant l’autre, à condition de maintenir leur coordination, afin qu’un blocage sur un dossier sécuritaire particulier ne devienne pas un motif d’échec de l’ensemble du règlement.
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