Le spécialiste des affaires soudanaises Khalid Omar a appelé à intensifier les pressions internationales pour mettre fin à la guerre et à imposer des sanctions contre les entraveurs de la paix et les auteurs de violations des droits humains. Il a affirmé que la fin des combats constitue la première étape vers la construction d’une armée nationale unifiée placée sous l’autorité d’un pouvoir civil légitime et mettant un terme à la prolifération des groupes armés.
Dans un entretien accordé à « Sky News Arabia », Omar a déclaré que les changements au sein du Congrès américain pourraient offrir des possibilités de renforcer l’aide humanitaire et les mécanismes de responsabilisation, sans nécessairement modifier l’orientation de la politique américaine à l’égard du Soudan, compte tenu du consensus historique entre républicains et démocrates sur ce dossier.
Consensus américain et possibilités de pression
Omar a qualifié les résultats des élections américaines de « séisme politique », mais a estimé que leurs répercussions sur le Soudan pourraient être limitées ou positives, notamment par le soutien à la stratégie actuelle visant à exercer des pressions sur les parties au conflit, à appeler à des trêves humanitaires immédiates et à promouvoir une transition civile démocratique.
Il a expliqué que l’étendue des prérogatives du président américain en matière de politique étrangère limite l’influence des changements de majorité au Congrès, en plus de la persistance d’un consensus bipartisan sur le Soudan au fil des administrations successives.
Il a évoqué deux projets de loi présentés avant les élections à la Chambre des représentants et au Sénat, l’un à l’initiative des démocrates et l’autre avec la participation des deux partis, estimant qu’ils rejoignent les principaux éléments de la politique de l’administration de Donald Trump à l’égard de la guerre.
Selon lui, le Congrès peut mobiliser des financements supplémentaires pour l’aide humanitaire, adopter des lois et imposer des sanctions contre les entraveurs de la paix et les auteurs de violations, tout en maintenant la crise soudanaise au centre de l’attention politique et médiatique.
Sanctions et révélation des réseaux d’influence
Omar a salué les sanctions australiennes qui, selon lui, ont visé des responsables de l’armée, des Forces de soutien rapide et du bataillon Al-Baraa Ibn Malik, estimant qu’elles renforcent la pression sur les parties belligérantes et attirent davantage l’attention internationale sur la tragédie humanitaire.
Il a souligné que le ciblage du bataillon permet de mettre en lumière les relations entre les éléments de l’ancien régime et l’institution militaire. Il a accusé ces éléments de prolonger la guerre afin de faire échouer la transition civile et de reprendre le contrôle de l’État.
Il a estimé que négliger ce rôle conduit à une mauvaise analyse de la crise et empêche de s’attaquer aux causes de sa prolongation. Pour étayer ses propos sur ces relations, il s’est appuyé sur des déclarations et des documents antérieurs de dirigeants du mouvement islamique concernant leur influence au sein des institutions de l’État et de l’armée.
Il a insisté sur la nécessité de distinguer l’institution militaire en tant qu’institution nationale des infiltrations partisanes et idéologiques qui, selon lui, ont porté atteinte à celle-ci ainsi qu’à la sécurité nationale soudanaise.
Une minorité profite de la guerre tandis que la majorité en paie le prix
Omar a déclaré que la majorité des Soudanais a été touchée par la guerre et souhaite retrouver une vie normale, faisant état d’environ 14 millions de réfugiés et de déplacés, selon le chiffre qu’il a avancé.
En revanche, il a accusé une minorité de chercher à acquérir une légitimité qu’elle ne possède pas et à accumuler des richesses grâce aux circuits de corruption ouverts par la guerre, ce qui lui donnerait intérêt à entraver les négociations et à prolonger les combats.
Il a critiqué l’absence de projet politique clair chez le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, estimant que ses discours n’apportent pas de réponses précises sur l’économie, la gestion de la diversité ou la forme du système de gouvernement. Il a affirmé que le Soudan a besoin d’un projet national capable de traiter ses crises et non d’une compétition pour le pouvoir.
Mettre fin à la guerre avant de reconstruire l’armée
Omar a affirmé que la construction d’une armée unifiée commence par l’arrêt de la guerre, avertissant que sa poursuite risque de transformer le Soudan en une « pépinière de milices ». Il a évoqué un rapport américain faisant état, selon ses propos, de l’existence de 150 groupes armés, alors qu’avant la guerre, le débat se concentrait sur la question de l’armée et des Forces de soutien rapide.
Il a appelé à la création d’une institution militaire nationale, professionnelle et représentative de toutes les composantes du pays, détenant le monopole des armes, se tenant à l’écart de la politique et de l’économie et soumise au contrôle et à la reddition de comptes devant la population.
Il a souligné que « l’institution militaire fait partie de l’État et ne représente pas l’État », ajoutant que le peuple est seul habilité à définir ses missions et sa composition à travers la Constitution et les lois, et non selon les volontés des dirigeants.
Il a estimé que la transition civile démocratique protège également l’institution militaire elle-même, en lui permettant de se consacrer à ses missions constitutionnelles et à la défense des frontières du pays.
Il a conclu que le rejet d’une solution militaire ne repose pas uniquement sur des considérations liées au terrain, mais sur la nature d’une crise qui nécessite un dialogue soudanais sincère, transparent et indépendant, portant sur la gestion de la diversité, la gouvernance décentralisée et la réforme des institutions, afin de parvenir à un nouveau contrat social garantissant une paix durable.
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