Dans le contexte du sommet Russie-Afrique organisé à Moscou, alors que les questions de sécurité, de développement, de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme ainsi que de coopération entre la Russie et les pays africains figurent en tête de l’ordre du jour des dirigeants, une autre question, tout aussi importante, a émergé : celle de la coexistence religieuse et de la lutte contre l’islamophobie et l’extrémisme.
Dans ce contexte, une histoire relatant une rencontre antérieure entre le président russe Vladimir Poutine et l’ancien président égyptien Mohamed Hosni Moubarak a été évoquée. Elle porte un message qui dépasse les limites de la politique et ouvre une perspective importante pour comprendre la réalité de l’islam et sa relation avec le christianisme.
Selon ce récit, Poutine se trouvait dans l’une des salles officielles, dont les murs étaient ornés de peintures représentant des scènes de la vie de Jésus-Christ et de la Vierge Marie, que la paix soit sur eux. Le président Moubarak lui aurait alors expliqué les détails de ces peintures et les récits auxquels elles se rapportaient.
D’après cette histoire, Poutine aurait exprimé son étonnement devant la connaissance approfondie de Moubarak concernant ces récits et lui aurait demandé comment il avait pu les connaître alors qu’il était musulman. Selon le récit, Moubarak lui aurait répondu que cela était tout à fait naturel, puisque le Christ et Marie, que la paix soit sur eux, occupent une place importante dans la foi islamique. Les musulmans croient en Jésus comme l’un des messagers de Dieu et croient également en Marie, qu’ils vénèrent, comme cela est mentionné dans le Saint Coran.
Un message à l’Afrique face à l’extrémisme
L’importance de rappeler cette histoire réside dans son contexte et dans sa dimension africaine. Le continent africain est confronté, dans plusieurs de ses régions, à des défis liés à l’extrémisme religieux, aux groupes armés ainsi qu’aux conflits confessionnels et ethniques. Ces phénomènes exploitent parfois la religion pour atteindre des objectifs politiques ou idéologiques.
Ainsi, présenter l’islam loin de l’image que les groupes extrémistes tentent de lui attribuer constitue l’un des moyens intellectuels les plus importants pour lutter contre l’islamophobie. L’islam n’est pas synonyme d’extrémisme, tout comme les musulmans ne peuvent être réduits aux actes de groupes qui parlent au nom de la religion tout en pratiquant la violence et le terrorisme.
Plus dangereux encore que l’extrémisme lui-même, c’est le fait que les actes des extrémistes deviennent un prétexte pour porter un jugement sur une religion entière et sur des centaines de millions de personnes.
L’islam et le christianisme : un vaste espace de rapprochement
La connaissance qu’ont les musulmans du Christ et de Marie, que la paix soit sur eux, constitue un exemple clair des nombreux points communs entre l’islam et le christianisme. Le Saint Coran parle de Jésus, que la paix soit sur lui, ainsi que de la Vierge Marie. Une des sourates du Coran porte même le nom de Marie. Cette sourate évoque une partie de son histoire et la naissance de Jésus, que la paix soit sur lui.
Ces vérités religieuses peuvent constituer une base pour le dialogue entre musulmans et chrétiens, au lieu que les divergences doctrinales deviennent une cause de haine ou d’hostilité. La coexistence ne signifie pas l’effacement des différences, mais plutôt le maintien de ces différences dans un cadre de respect mutuel.
L’islamophobie et l’extrémisme : deux facettes d’une même crise
Dans la lutte contre l’islamophobie, il ne faut pas ignorer l’extrémisme, pas plus qu’il ne faut utiliser l’extrémisme comme prétexte pour haïr l’islam. L’extrémisme qui tue au nom de la religion et le discours qui déteste les musulmans en raison de leur religion se rejoignent sur un même point : le rejet de l’autre et la transformation de la différence en hostilité.
C’est pourquoi le véritable combat est celui contre l’ignorance, le fanatisme et la haine, quelle que soit leur origine et quelle que soit la religion ou l’appartenance ethnique invoquée comme prétexte.
De Moscou à l’Afrique : un message qui dépasse la politique
Si l’évocation de l’histoire de Poutine et de Moubarak s’inscrit dans le contexte du dialogue sur la coexistence, le message susceptible de parvenir aux dirigeants et aux peuples africains dépasse les relations russo-africaines elles-mêmes. L’Afrique a besoin d’un discours qui combatte l’extrémisme sans se transformer en haine religieuse et qui lutte contre l’islamophobie sans ignorer le danger des groupes extrémistes.
Elle a également besoin d’enseigner aux nouvelles générations que connaître l’autre ne signifie pas adopter sa religion et que respecter les croyances de l’autre ne signifie pas renoncer à ses propres convictions. C’est ainsi que la culture, la connaissance et le dialogue deviennent des outils essentiels dans la lutte contre l’extrémisme.
Une leçon égyptienne face à l’islamophobie
Au-delà de l’évaluation politique de la période de gouvernance de l’ancien président Hosni Moubarak, la leçon qui lui est attribuée dans ce récit porte une valeur qui dépasse les personnes et les régimes. Le fait qu’un musulman connaisse le Christ et qu’un chrétien connaisse les croyances des musulmans, et que les adeptes des différentes religions évoquent leurs points de convergence plutôt que de se limiter à leurs divergences, constitue l’un des moyens permettant de déconstruire les stéréotypes qui alimentent la haine.
Lors du sommet Russie-Afrique à Moscou, au milieu des discussions des dirigeants sur l’avenir de l’Afrique, sa sécurité et sa stabilité, ce message revêt une importance encore plus grande. Il est impossible de combattre l’extrémisme par l’ignorance, impossible de combattre l’islamophobie par la haine et impossible de construire la coexistence sans une véritable connaissance de l’autre.
La leçon la plus importante qui pourrait parvenir à l’Afrique et au monde arabe à la fois est peut-être que la religion, lorsqu’elle est correctement comprise, peut devenir un pont vers la coexistence, tandis que l’ignorance religieuse se transforme en combustible pour l’extrémisme et la haine.
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