Pourquoi l’Égypte rejette-t-elle l’accord de délimitation maritime entre la Libye et la Turquie ?

L’Égypte a réaffirmé son opposition au mémorandum d’entente signé en 2019 entre la Turquie et le Gouvernement d’union nationale libyen concernant la délimitation des zones de juridiction maritime en Méditerranée. Le Caire considère ce mémorandum comme « nul et non avenu, et dépourvu de tout effet juridique », suscitant des interrogations sur les raisons de ce rejet.

Des diplomates et analystes égyptiens ont déclaré que l’opposition de l’Égypte est principalement liée à ce qu’elle considère comme une atteinte à ses droits souverains maritimes, ainsi qu’à l’absence de coordination avec Le Caire au sujet d’un accord de délimitation susceptible d’affecter sa zone économique exclusive.

Pourquoi l’Égypte rejette-t-elle cet accord ?

L’ancien ministre égyptien des Affaires étrangères, l’ambassadeur Mohamed El-Orabi, a expliqué que l’opposition du Caire à ce mémorandum ne date pas d’aujourd’hui. L’Égypte le rejette depuis 2019. Le principal développement récent est sa ratification par la Chambre des représentants libyenne, dans un contexte de changements sur la scène politique libyenne, notamment après l’élection d’un nouveau président du Parlement.

Concernant les raisons de cette opposition, El-Orabi a déclaré que « le mémorandum porte atteinte aux intérêts égyptiens », soulignant que Le Caire avait averti dès le départ qu’une délimitation maritime de cette nature risquait de créer des chevauchements avec ses intérêts dans sa zone économique exclusive.

Il a ajouté que la Grèce avait également rejeté le mémorandum, estimant que son application pourrait provoquer des difficultés en Méditerranée. Selon lui, rien ne justifie de poursuivre sa mise en œuvre sans consultations ni réexamen de l’accord, afin d’éviter d’éventuelles conséquences.

De son côté, l’ancien ministre adjoint égyptien des Affaires étrangères, l’ambassadeur Hussein Haridi, a souligné que la position actuelle de l’Égypte prolonge une opposition officielle exprimée en 2019, lorsque les autorités libyennes avaient signé le mémorandum relatif à la délimitation des frontières maritimes avec la Turquie. Il a rappelé que l’Égypte et la Grèce s’y étaient opposées à l’époque.

Selon lui, l’accord n’a pas tenu compte du fait que la zone concernée se trouve à proximité de la zone économique exclusive égyptienne. Les autorités libyennes auraient donc dû se coordonner avec Le Caire avant de prendre une telle décision.

Il a également indiqué que l’Union européenne n’avait pas reconnu le mémorandum signé en 2019 entre le gouvernement de Tripoli et la Turquie, estimant que sa ratification par le Parlement libyen ne modifierait pas la position existante à son égard.

Cette opposition risque-t-elle de provoquer une crise avec la Turquie ?

L’ancien ministre égyptien des Affaires étrangères Mohamed El-Orabi a écarté la possibilité que ce différend entraîne une crise dans les relations entre Le Caire et Ankara. Il a souligné la diversité des dossiers communs aux deux pays et estimé que le « cadre quadripartite » constituait un mécanisme de sécurité pour leurs relations.

Pour sa part, Nasr Salem, professeur d’études stratégiques et ancien directeur du service de reconnaissance militaire égyptien, a estimé que le rejet de l’accord ne devait pas être interprété comme une volonté de provoquer une crise avec la Turquie ou la Libye. Selon lui, un désaccord sur un dossier précis n’implique pas la fin de la coopération dans d’autres domaines.

Salem a rappelé que l’Égypte était directement concernée par tout accord de délimitation maritime susceptible d’affecter ses droits. Il a précisé que l’absence de consultation de l’Égypte constituait le cœur de son objection. La présence d’autres pays dans la région, notamment la Grèce et Chypre, impose également de prendre en considération les droits des parties concernées lors de toute négociation maritime.

Il a ajouté que les relations internationales comportent à la fois des points de désaccord et des domaines d’entente, notamment dans les relations économiques, militaires et industrielles entre l’Égypte et la Turquie. Ainsi, l’opposition au mémorandum ne signifie pas nécessairement une crise bilatérale, mais appelle à un réexamen des dispositions contestées relatives à la délimitation maritime.

Comment le différend a-t-il commencé en 2019 ?

Le différend remonte au 27 novembre 2019, lorsque la Turquie et le Gouvernement d’union nationale libyen, alors dirigé par Fayez al-Sarraj, ont signé deux mémorandums d’entente. Le premier portait sur la coopération en matière de sécurité et de défense, tandis que le second concernait la délimitation des frontières maritimes et des zones de juridiction en Méditerranée.

Le mémorandum maritime a suscité des objections de la part de l’Égypte, de la Grèce et de Chypre en raison du tracé établi entre la Turquie et la Libye. Ces pays ont estimé que cet accord ne tenait pas suffisamment compte de leurs droits et revendications maritimes en Méditerranée orientale.

Le différend porte notamment sur le chevauchement des revendications relatives aux zones économiques exclusives et aux plateaux continentaux, ainsi que sur les droits qui en découlent en matière d’exploration et d’exploitation des ressources naturelles.

Depuis la signature du mémorandum, la Turquie et le Gouvernement d’union nationale libyen en défendent la validité, tandis que l’Égypte, la Grèce et Chypre le rejettent. L’Union européenne s’y est également opposée, considérant qu’il porte atteinte aux droits de pays tiers et qu’il n’est pas conforme au droit de la mer.

Dans sa dernière déclaration, le ministère égyptien des Affaires étrangères a renouvelé son rejet du mémorandum ainsi que de toute mesure ou action fondée sur celui-ci qui serait contraire aux frontières maritimes officiellement déclarées par l’Égypte. Le ministère a affirmé que l’Égypte se réservait le droit de protéger ses intérêts et ses droits conformément au droit international.

Le ministère a également déclaré que le mémorandum contrevenait aux principes du droit international de la mer et aux dispositions de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982 concernant la délimitation des zones économiques exclusives et des plateaux continentaux. Selon Le Caire, ces dispositions reposent notamment sur les principes de justice et d’équité, tandis que le mémorandum porte clairement atteinte aux droits souverains de l’Égypte dans sa zone économique exclusive et sur son plateau continental.


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HANY KHATER

Le Dr Hany Khater est titulaire d'un doctorat en tourisme et hôtellerie ainsi que d'une licence en journalisme et médias. Il occupe actuellement le poste de président du Forum international pour le journalisme et les médias. Il a également précédemment dirigé le bureau canadien de l'Union internationale de la presse arabe et assuré la rédaction en chef du site de l'Union, aux côtés de plusieurs autres plateformes médiatiques. Le Dr Hany Khater possède une vaste expérience dans le domaine du journalisme et des médias et travaille comme journaliste et auteur, s'intéressant aux questions de corruption, de droits de l'homme et de libertés publiques. Ses travaux se concentrent sur les questions touchant les sociétés arabes, notamment la justice sociale et les droits civils. Au cours de sa carrière professionnelle, il a publié de nombreux articles et enquêtes portant sur les questions des droits de l'homme et les violations touchant les libertés publiques, ainsi que sur les questions de corruption. Son style se distingue par son audace, sa clarté et son souci d'aborder les questions avec professionnalisme et transparence, contribuant ainsi à renforcer la sensibilisation de la société. Le Dr Hany Khater est convaincu que le journalisme représente une force influente dans la formation de la conscience et la lutte contre la corruption, l'injustice et les violations. Il estime également que des médias responsables contribuent à renforcer la pensée critique, à soutenir les valeurs de justice et de liberté et à construire des sociétés plus équitables.

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