Dr. Hani Khater – Président du Forum international de la presse et des médias

À l’occasion des fêtes nationales de l’État du Koweït, se renouvelle l’opportunité de réfléchir au parcours d’une nation qui a su, au fil des décennies, consolider un modèle particulier dans la construction institutionnelle, la stabilité politique et le développement équilibré, avec une présence humaine et diplomatique active dans son environnement régional et international.

Cette occasion ne se limite pas à célébrer un souvenir historique, mais constitue une étape analytique pour examiner le parcours d’un État ayant affronté de grands défis et les ayant surmontés grâce à une volonté nationale solide et à une cohésion sociale manifeste, poursuivant ainsi son développement au milieu de transformations économiques, politiques et technologiques rapides. Elle permet également d’envisager l’avenir du Koweït en reliant les réalisations passées aux exigences du présent et en posant les questions relatives à la réforme, au développement et à la transformation économique dans une vision stratégique visant à renforcer sa position dans les décennies à venir.

Dans ce contexte, il ne suffit pas d’évoquer les images de célébration et les symboles nationaux ; il est nécessaire de lire l’expérience koweïtienne en profondeur afin de comprendre la formation de l’État, l’évolution de ses institutions, ses mécanismes de gestion des défis internes et externes, ainsi que d’anticiper les enjeux structurels futurs. La compréhension véritable du parcours national ne se limite pas au récit historique, mais passe par une analyse critique reliant la structure institutionnelle à la réalité changeante.

Le Koweït n’est pas seulement une entité géographique ou une économie basée sur les revenus pétroliers ; il s’agit d’un projet d’État moderne fondé tôt sur un cadre constitutionnel et institutionnel qui lui a permis de se distinguer dans sa structure politique au sein de la région. Cette fondation n’est pas le fruit du hasard historique, mais le résultat de l’interaction entre une direction consciente et une société active, ainsi que de l’accumulation d’un tissu social et politique préexistant à l’ère de l’État moderne, contribuant à consolider les principes de participation, d’institutionnalisation et de stabilité.

Premièrement : la légitimité politique entre histoire et institution

L’expérience politique du Koweït constitue l’un des modèles les plus remarquables de la région ayant réussi à maintenir un équilibre délicat entre légitimité historique et légitimité constitutionnelle. Le système politique s’est structuré non pas par rupture avec la société ou exclusion de ses composantes, mais sur un contrat social basé sur la participation parlementaire, la représentation populaire et la responsabilité institutionnelle, dans un cadre constitutionnel ayant établi des mécanismes régissant les relations entre les pouvoirs.

Cette fondation a créé une structure politique relativement flexible, capable d’absorber les transformations et de gérer les divergences au sein du cadre légal, même face aux crises politiques, aux blocages parlementaires et aux tensions périodiques entre les pouvoirs législatif et exécutif. Malgré ces défis, le système a su rétablir l’équilibre institutionnel via ses instruments constitutionnels, démontrant que la stabilité au Koweït n’a jamais été statique, mais dynamique, gérée par la négociation politique et le recours aux institutions.

À l’ère des transformations numériques rapides, de l’évolution de la conscience politique des jeunes générations et de la montée des exigences en matière de transparence, d’efficacité et d’égalité des chances, se pose une question stratégique : comment développer ce modèle institutionnel pour qu’il s’adapte à l’époque, renforce l’efficacité de la gouvernance et consolide la justice dans la distribution des opportunités, sans compromettre l’équilibre qui a caractérisé l’expérience koweïtienne historiquement ?

La réponse à cette question nécessite une réforme continue au sein du cadre constitutionnel, une modernisation administrative renforçant la performance institutionnelle et le développement de mécanismes de participation sociale, transformant le système politique d’un simple cadre réglementaire en une plateforme efficace pour gérer le développement et répondre aux défis futurs.

Deuxièmement : l’économie koweïtienne… du modèle de rente au processus de transformation structurelle

L’avenir du Koweït ne peut être compris sans une analyse approfondie de sa structure économique, historiquement façonnée par une forte dépendance aux revenus pétroliers, ayant permis à l’État de construire une infrastructure relativement développée, d’élargir le système éducatif et les services publics, et d’assurer la stabilité financière pendant de longues décennies.

Cependant, le modèle économique basé sur les revenus pétroliers fait face aujourd’hui à des défis stratégiques croissants, tels que la fluctuation des prix de l’énergie sur les marchés mondiaux, la transition progressive vers les énergies renouvelables et la concurrence régionale et internationale pour attirer investissements et capitaux. Ces évolutions ne sont plus des scénarios possibles, mais une réalité économique exigeant une réévaluation des mécanismes de croissance et de développement.

La transformation requise ne signifie pas supprimer le rôle du pétrole ni en diminuer l’importance, mais réutiliser ses revenus comme levier stratégique pour financer une transition progressive vers une économie plus diversifiée et durable. La question clé ne réside pas uniquement dans la source des revenus, mais dans la manière de les investir pour construire une base productive alternative capable de générer une valeur ajoutée à long terme.

Les priorités essentielles de cette transformation structurelle incluent :

  • Renforcer l’économie du savoir et les technologies numériques via le soutien à la transformation digitale, le développement de l’infrastructure technologique et l’autonomisation des startups dans l’innovation, l’intelligence artificielle et l’économie numérique.

  • Investir dans la recherche et le développement en reliant universités et centres de recherche aux besoins économiques et développementaux, transformant la connaissance en projets applicables et extensibles.

  • Autonomiser le secteur privé productif pour qu’il devienne un partenaire réel dans le développement, réduisant la dépendance à l’emploi public et stimulant l’investissement dans les secteurs non pétroliers.

  • Moderniser le cadre législatif et réglementaire pour qu’il s’aligne sur les transformations économiques mondiales, encourageant l’entrepreneuriat et renforçant l’attractivité de l’environnement d’investissement local et étranger.

  • Améliorer l’environnement des affaires et réduire la bureaucratie par la simplification des procédures, le renforcement de la gouvernance et de la transparence, et l’élévation de l’efficacité institutionnelle.

Le succès de ce processus ne peut être atteint par des plans sectoriels isolés, mais nécessite une vision nationale intégrée, une volonté politique claire et une coordination efficace entre l’État, le secteur privé et la société. La diversification économique doit devenir un projet national global, mobilisant politiques financières, législations, investissements, éducation et planification stratégique dans une direction unifiée.

Troisièmement : l’identité nationale à l’ère de la mondialisation numérique

À l’heure de la mondialisation numérique ouverte, l’identité nationale apparaît comme l’un des défis intellectuels et culturels majeurs du Koweït, comme dans de nombreux autres pays. Les nouvelles générations se forment à travers des espaces numériques transfrontaliers mêlant influences locales et mondiales, créant un dialogue continu entre spécificité nationale et ouverture globale.

Cette réalité n’est pas une menace, mais une transformation nécessitant une gestion consciente de l’identité, capable d’absorber les changements tout en préservant ses valeurs fondamentales. La véritable force de l’identité réside dans sa capacité à évoluer et à se renouveler tout en maintenant ses racines culturelles et historiques.

Les axes pour renforcer la présence de l’identité nationale incluent :

  • Moderniser le système éducatif pour consolider la pensée critique, la conscience historique et inculquer les valeurs d’appartenance tout en restant ouvert à la connaissance contemporaine.

  • Soutenir la production culturelle et créative locale, permettant aux créateurs d’exprimer la vision nationale de manière moderne et influente.

  • Utiliser les médias et plateformes numériques pour renforcer un discours national rationnel et équilibré, consolidant les valeurs communes et favorisant le dialogue sociétal responsable.

  • Préserver le patrimoine comme capital civilisationnel vivant, en le réinterprétant et le présentant de manière contemporaine afin qu’il inspire les nouvelles générations plutôt que de rester un héritage historique figé.

Une identité nationale forte ne se construit pas par des slogans ou des discours commémoratifs, mais par la production d’une culture vivante capable de répondre positivement aux transformations mondiales sans se détacher de ses racines ni abandonner ses composantes essentielles.

Quatrièmement : médias et rôle sociétal… de la tribune à l’efficacité

Les médias au Koweït jouent un rôle central dans le mouvement public, se distinguant par leur diversité et leur capacité à aborder les questions nationales avec courage et responsabilité, comparé à de nombreux environnements régionaux. Cette diversité a créé un espace de débat et d’échange de visions, renforçant le rôle des médias en tant qu’acteur influent dans le paysage public.

Cependant, la profonde transformation numérique a redéfini le concept même de médias. L’influence ne se limite plus aux institutions traditionnelles ou aux plateformes officielles ; l’individu peut désormais produire, diffuser et interagir avec le contenu sur des espaces numériques ouverts. Cette évolution a déplacé les médias d’un monopole institutionnel à une phase de pluralité et de participation, tout en posant de nouveaux défis en matière de crédibilité, de contrôle du contenu, de lutte contre les fausses informations et de rapidité de diffusion des informations inexactes.

Dans ce contexte, il est nécessaire de développer la performance médiatique pour suivre ces transformations en renforçant le professionnalisme, le respect des normes éthiques et la culture de vérification et de documentation. La force des médias contemporains ne se mesure pas seulement au nombre de followers, mais à leur capacité à construire la confiance et à influencer positivement l’opinion publique.

Depuis le Forum international de la presse et des médias, nous affirmons que la construction d’un environnement médiatique conscient et responsable constitue un pilier fondamental de la stabilité sociale et un soutien majeur au développement durable. Les médias ne sont pas seulement une plateforme de diffusion de nouvelles, mais un partenaire dans la construction de la conscience, la promotion du dialogue et le soutien au projet national vers davantage de progrès et de transparence.

Cinquièmement : dimension humaine et diplomatie douce

Le Koweït se distingue par son historique en matière d’action humanitaire, ayant contribué pendant des décennies à la stabilité régionale, aux initiatives de secours et de développement, et au soutien des efforts visant à réduire la souffrance humaine. Il a consolidé sa présence en tant que médiateur actif lors des crises et partenaire du dialogue, de la paix et de la coopération internationale.

Ce rôle ne doit pas être perçu comme des initiatives isolées ou ponctuelles, mais comme une vision stratégique intégrant l’action humanitaire comme composante essentielle de l’identité et de la position internationale de l’État. La contribution à la stabilité et au développement renforce non seulement les relations extérieures, mais crée également un réseau de confiance et de reconnaissance internationale à travers les institutions et les peuples.

Dans le contexte contemporain, la diplomatie humanitaire est devenue un élément clé du soft power des nations, influençant leur image mondiale, renforçant leur présence dans le système international et augmentant leur capacité à peser positivement sur les questions communes. La poursuite et le développement de ce rôle représentent un investissement stratégique à long terme pour la position du Koweït et renforcent son influence en tant qu’acteur humanitaire et diplomatique au niveau régional et international.

Sixièmement : défis futurs… gérer la transformation plutôt que simplement maintenir le statu quo

Le Koweït est aujourd’hui à une étape cruciale nécessitant de passer de la gestion du statu quo à la gestion stratégique de la transformation. Les défis actuels sont structurels et touchent tous les aspects du développement, de la gouvernance, de l’économie et de la société.

Les priorités clés comprennent :

  • Réforme économique structurelle approfondie pour assurer la durabilité des finances publiques, renforcer la diversification économique et améliorer l’efficacité des dépenses publiques.

  • Développement du système administratif et amélioration de la performance gouvernementale via le renforcement de la gouvernance, la modernisation des procédures et l’élévation de la transparence et de la responsabilité institutionnelle.

  • Augmentation de la productivité sur le marché du travail par le développement des compétences, la liaison de l’éducation avec les besoins économiques et la promotion de la culture de la performance et de l’innovation.

  • Correction des déséquilibres démographiques via des politiques équilibrées prenant en compte les aspects économiques et sociaux, soutenant la stabilité sociale et le développement durable.

  • Accompagnement des transformations numériques et de la révolution des technologies modernes, incluant l’intelligence artificielle, pour intégrer ces outils dans les secteurs de l’État et les transformer en levier pour le développement.

La gestion de ces défis ne peut se faire par des solutions temporaires ou des mesures isolées, mais nécessite une vision nationale globale à long terme, un consensus sur les priorités stratégiques, ainsi que des décisions audacieuses basées sur une analyse scientifique, une évaluation objective de la réalité et une anticipation consciente de l’avenir. La réussite de cette phase dépend de la capacité des institutions à adopter une approche de réforme durable et à transformer les défis en opportunités de progrès.

Vision « Nouveau Koweït 2035 »… le projet national pour l’avenir

La vision « Nouveau Koweït 2035 » constitue le cadre stratégique global des dimensions économiques, politiques et sociétales, en tant que projet national intégré visant à orienter le développement vers un avenir plus diversifié et durable. Il ne s’agit pas seulement d’un plan opérationnel, mais d’une plateforme rassemblant différentes initiatives et réformes dans une approche cohérente visant à renforcer la position du Koweït au niveau régional et international.

Cette vision repose sur la transformation du Koweït en centre financier et commercial attractif pour l’investissement, à travers un système intégré basé sur sept piliers principaux qui constituent les axes de l’action développementale à venir :

  1. Gouvernance efficace : via la transformation digitale, la simplification des procédures, le renforcement de la transparence et de la gouvernance pour améliorer l’efficacité institutionnelle.

  2. Économie diversifiée et durable : visant à réduire la dépendance aux revenus pétroliers, soutenir les secteurs productifs non traditionnels et promouvoir un environnement favorable à l’investissement et à l’entrepreneuriat.

  3. Infrastructures modernes : incluant des projets stratégiques majeurs tels que « Silk City » et le port Mubarak Al-Kabir, renforçant la position du Koweït en tant que hub logistique et commercial régional.

  4. Environnement de vie durable : via le développement de villes intelligentes, l’adoption de solutions énergétiques renouvelables et l’amélioration de la qualité de vie urbaine.

  5. Santé de haute qualité : selon des normes mondiales, avec investissement dans les ressources nationales et développement des services et infrastructures médicales avancées.

  6. Capital humain créatif : par la modernisation du système éducatif, l’alignement des résultats de l’enseignement avec les besoins du marché du travail, et le renforcement de l’innovation et des compétences futures.

  7. Position internationale distinguée : renforçant le rôle humanitaire et diplomatique du Koweït et son influence active dans les forums régionaux et internationaux, dans le cadre d’une stratégie de soft power durable.

Le succès de cette vision dépend non seulement de son adoption en tant que document stratégique, mais aussi de sa transformation en réalité opérationnelle tangible grâce à l’intégration des institutions, la continuité des politiques et la participation du secteur privé et de la société. Elle constitue le cadre reliant l’ambition nationale aux exigences de l’étape à venir, établissant une nouvelle phase de développement global.

L’expérience historique du Koweït confirme que les États reposant sur l’équilibre institutionnel, la conscience politique et l’ouverture critique ont la capacité de perdurer, se renouveler et suivre les transformations rapides. Des institutions solides, un dialogue sociétal responsable et le respect de la Constitution et des lois constituent les piliers de tout projet national durable et réussi.

Les fêtes nationales ne se limitent pas à la commémoration de la libération ou à l’évocation de la fondation de l’État, mais constituent une opportunité de reposer la question essentielle : comment assurer que ce projet national poursuive son parcours avec stabilité, et gagne en force et en flexibilité face aux défis futurs ?

La fidélité véritable au Koweït ne se réalise pas seulement par des célébrations symboliques, mais par un travail sérieux et continu pour développer ses institutions, renforcer son économie, préserver son unité nationale et consolider ses valeurs dans la conscience et la pratique.

Que Dieu protège le Koweït, sa direction et son peuple, et lui accorde sécurité, stabilité et prospérité.


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