L’Afrique possède environ 65 % des terres arables inexploitées à l’échelle mondiale. Pourtant, le continent importe chaque année plus de 100 millions de tonnes de céréales et consacre près de 75 milliards de dollars aux importations alimentaires, tandis qu’environ 307 millions d’Africains souffrent de sous-alimentation.
Cette contradiction révèle que la crise alimentaire en Afrique n’est pas principalement liée à l’absence de ressources naturelles, mais plutôt à la faiblesse de la capacité à transformer ces ressources en un système de production intégré, allant de l’agriculture à la transformation et au commerce.
Le déficit commence par les intrants agricoles, notamment les engrais. Leur utilisation moyenne en Afrique subsaharienne est d’environ 22 kilogrammes par hectare, contre 146 kilogrammes à l’échelle mondiale, ce qui se répercute sur les niveaux de productivité agricole.
Parallèlement, le continent dispose de ressources qui pourraient être mobilisées pour développer une industrie locale des engrais, en s’appuyant sur ses réserves de gaz naturel et de phosphate. Cela permettrait de relier les secteurs de l’énergie, des mines, de l’agriculture et de l’industrie au sein d’une même chaîne de production.
L’augmentation de la production agricole à elle seule ne semble toutefois pas suffisante pour combler le déficit alimentaire. Selon l’étude, le continent doit également développer la transformation agricole et la création de valeur au sein de ses propres marchés, plutôt que d’exporter des matières premières et d’importer des produits transformés.
Cette orientation revêt une importance accrue dans un contexte où la majorité des économies d’Afrique centrale et occidentale dépendent des produits de base, ce qui les rend davantage exposées aux fluctuations des prix mondiaux et aux chocs extérieurs.
La fragmentation des marchés demeure l’un des principaux obstacles à la construction d’un système de production africain intégré. Le commerce intra-africain ne représente qu’environ 13,2 % du commerce total de marchandises du continent, contre près de 38 % en Asie.
Les défis commerciaux ne s’arrêtent pas là. Le transport routier représente environ 29 % du prix des marchandises échangées à l’intérieur de l’Afrique, contre environ 7 % pour les marchandises échangées à l’extérieur du continent. Cette situation augmente les coûts de production et de commerce et entrave la création de chaînes de valeur régionales.
Dans ce contexte, la Zone de libre-échange continentale africaine, « AfCFTA », apparaît comme l’un des instruments susceptibles de contribuer au passage d’un marché africain fragmenté à un réseau de production interconnecté. Un pays pourrait ainsi produire les engrais, un autre cultiver les produits agricoles, tandis qu’un troisième se spécialiserait dans la transformation et le conditionnement, et qu’un quatrième fournirait les services logistiques et les débouchés commerciaux.
Le financement constitue un autre maillon essentiel de cette chaîne, notamment pour les petits exploitants agricoles et les entreprises opérant dans le secteur agricole. Cela encourage le développement d’instruments financiers tels que les garanties de crédit et le financement mixte, afin de réduire les risques et de stimuler les investissements privés.
Selon l’étude, l’objectif n’est pas de parvenir à une autosuffisance totale du continent, mais de réduire sa vulnérabilité à la dépendance extérieure en améliorant la productivité, en diversifiant les sources d’importation, en développant la transformation alimentaire et en approfondissant les échanges entre les pays africains.
Ainsi, le défi pour l’Afrique ne se limite pas à sa capacité à produire des denrées alimentaires. Il concerne également sa capacité à transformer ses ressources agricoles et alimentaires ainsi que son vaste marché en une industrie intégrée, capable de générer une valeur ajoutée qui demeure au sein du continent.
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