Par Mme Sawsan Mabrouk
La politique, dans ses manifestations analytiques les plus profondes, dépasse la simple notion de « l’art du possible » au sens pragmatique étroit pour devenir un engagement existentiel et cognitif avec les limites de la réalité. Si le chancelier allemand avait voulu, par sa célèbre formulation, établir la « réalisme politique » comme alternative à l’idéalisme utopique, le développement philosophique du concept a révélé une véritable « révolution des concepts » qui a redéfini le « possible » lui-même. Le possible n’est plus une fatalité géopolitique imposée par la géographie ou dictée par la force militaire brute ; il s’est transformé en un espace flexible façonné par la vision et l’innovation cognitive.
Cette transformation analytique nous fait passer de la « politique réactive », qui gère les contraintes, à la « politique créatrice », qui étend les limites du réel vers des horizons autrefois considérés comme utopiques. Dans le contexte des révolutions scientifiques et intellectuelles, les outils de l’action politique ont changé : la puissance douce, la capacité d’influence symbolique et la construction du discours ont remplacé le conflit direct, faisant du « possible » le fruit de l’aptitude de l’acteur politique à convaincre la collectivité de nouvelles alternatives. La véritable politique aujourd’hui consiste à exercer une « rupture cognitive » avec les certitudes figées, transformant les obstacles structurels en plateformes pour atteindre des solutions non conventionnelles, expliquant ainsi comment certains mouvements politiques et projets internationaux ont su dépasser les déterminismes historiques et géographiques en reformulant la conscience collective autour du concept de « ce qui est accessible ».
Cependant, une dimension critique émerge pour avertir contre la transformation de « l’art du possible » en prétexte pour légitimer la médiocrité ou l’acceptation passive du statu quo sous couvert de réalisme ; l’analyse approfondie montre que le politique créatif est celui qui refuse de se soumettre aux définitions imposées par les forces dominantes de ce qui est « possible », cherchant au contraire à élargir le cercle du possible à travers une « révolution méthodologique ». Il s’agit d’un processus continu de destruction et de reconstruction : les concepts anciens, qui légitiment l’incapacité, sont déconstruits, et de nouveaux concepts sont bâtis pour doter l’action politique d’une impulsion éthique et cognitive, faisant du « possible » un horizon ouvert plutôt qu’une contrainte, et transformant la politique en un voyage constant visant à convertir l’« espéré » en réalité tangible par une ingénierie consciente des rapports de force et de la pensée.
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