By: Nasser Al-Salamoni
L’accueil par certaines chaînes satellitaires de l’approche du mois de Ramadan avec l’expression « Ramadan 2026 », sans aucune référence à son année hégirienne 1447 liée à l’émigration prophétique, m’a interpellé. Je me suis alors demandé : sommes-nous arrivés à un tel degré d’occidentalisation ? Ou vivons-nous un état de stupeur culturelle qui nous pousse à traiter notre plus grand rituel religieux selon une logique temporelle importée, détachée de ses racines doctrinales et civilisationnelles ?
L’absence du calendrier hégirien dans notre vie n’est plus une question secondaire que l’on peut justifier ou ignorer ; elle est devenue un phénomène évident qui reflète un profond déséquilibre dans la conscience et l’identité. Ces dernières années, la présence du calendrier islamique dans le discours public a nettement diminué, au point de presque disparaître de la vie quotidienne, remplacé par le calendrier grégorien comme unique référence temporelle — non seulement dans les affaires mondaines, mais même lorsqu’il s’agit d’évoquer les grands rituels religieux — comme si les mois avaient été dépouillés de leur contexte islamique et présentés avec des dates étrangères à leur cadre doctrinal et civilisationnel.
Ce recul ne s’est pas arrêté aux médias ; il s’est étendu à la société elle-même, où beaucoup de gens ne connaissent plus les noms ni l’ordre des mois hégiriens, alors qu’ils connaissent avec précision les mois grégoriens et leurs détails. Cette absence ne peut être expliquée comme une évolution naturelle ou une simple nécessité organisationnelle imposée par l’époque ; elle reflète directement une occidentalisation culturelle subtile qui commence par la langue, s’infiltre dans la conscience, affecte la religion, les coutumes et les traditions, et atteint l’un des outils les plus importants de formation de l’identité : le calendrier.
Dans la conception islamique, le temps n’est pas un nombre neutre ; il est porteur de sens, régulateur des actes d’adoration et partie intégrante de la structure doctrinale de la communauté. Le Coran a établi ce concept en reliant le calcul du temps aux phases de la lune :
« Ils t’interrogent sur les nouvelles lunes. Dis : elles servent aux gens pour compter le temps et pour le pèlerinage. »
Il a également établi une règle universelle concernant le temps :
« Le nombre de mois, auprès d’Allah, est de douze mois dans le Livre d’Allah, depuis le jour où Il créa les cieux et la terre. »
Ainsi, le calendrier hégirien n’est pas une simple initiative humaine isolée ; il s’agit d’un système temporel institué par la volonté divine, lié aux actes d’adoration, organisant les transactions et façonnant la conscience de la communauté pendant de nombreux siècles.
Le calendrier hégirien possède une caractéristique particulière : ses mois ne sont pas fixes dans les saisons, car il s’agit d’un calendrier lunaire. Ainsi, le mois de Ramadan se déplace à travers les saisons — été, hiver, printemps et automne — selon une sagesse divine profonde. Si le jeûne était fixé à une seule saison, il deviendrait soit une difficulté permanente, soit une facilité constante. La justice divine répartit le jeûne tout au long de l’année, permettant aux gens d’expérimenter la patience dans la chaleur et le confort dans le froid, renouvelant le sens de l’adoration et faisant de Ramadan un mois aimé et attendu, non pas un fardeau saisonnier mais une école spirituelle permanente.
L’islam a également conféré au temps des caractéristiques éthiques et législatives en consacrant quatre mois sacrés — Dhul-Qi‘dah, Dhul-Hijjah, Muharram et Rajab — durant lesquels les interdictions sont renforcées et les péchés plus graves, ce qui montre que le temps en islam n’est pas uniforme, mais régi par un système de valeurs divines.
Lorsque les musulmans, sous le califat d’Omar ibn Al-Khattab, eurent besoin d’établir un calendrier officiel pour l’État, ils ne l’ont pas daté de la naissance ni de la mort du Prophète, par respect et vénération, mais ont choisi l’Hégire comme point de départ, marquant le passage de l’islam de la faiblesse à la puissance, et d’une mission limitée à l’établissement d’une communauté et d’un État.
En revanche, le calendrier grégorien largement utilisé aujourd’hui tire les noms de ses mois de la mythologie païenne romaine ou de la glorification d’empereurs, et les noms des jours de la semaine dans les langues européennes proviennent d’anciennes divinités païennes. Bien que ces noms soient devenus aujourd’hui des termes conventionnels ayant perdu leur sens doctrinal, ils demeurent les témoins d’une référence temporelle étrangère à notre civilisation.
Cela ne signifie pas que l’usage actuel du calendrier grégorien implique l’adoption de ses croyances ou la vénération de ses symboles ; il est devenu un outil organisationnel imposé par les relations internationales. Le véritable problème réside dans la marginalisation du calendrier hégirien dans la vie publique, son exclusion de l’éducation et des médias, et sa limitation aux seules pratiques religieuses, comme s’il était secondaire, alors qu’il est d’institution divine, lié à la législation et porteur de la mémoire et de la conscience temporelle de la communauté.
Conclusion :
S’habituer à dire « Ramadan 2026 » n’est pas une simple erreur linguistique ; c’est un indicateur sérieux d’un déséquilibre dans la conscience et d’un abandon silencieux du cadre de référence. Les nations ne perdent pas leur identité d’un seul coup ; elles la perdent lorsqu’on les habitue à oublier leur temps, à nommer leurs rites dans la langue des autres, et à célébrer leur religion selon un calendrier qui ne leur ressemble pas. Alors la question n’est plus : « Pourquoi avons-nous changé l’histoire ? » mais plutôt : « Quand avons-nous commencé à nous abandonner nous-mêmes sans nous en rendre compte ? »
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