Jamal Bennoun
Au cœur de la transformation historique que connaît le Royaume d’Arabie saoudite, la stratégie nationale de privatisation émerge comme un outil qui ne vise pas seulement à diversifier les sources de revenus, mais également à réorganiser l’ensemble du système administratif gouvernemental. L’intégration du secteur des médias parmi les 18 secteurs ciblés constitue une décision stratégique qui dépasse la simple dimension médiatique pour s’inscrire au cœur de l’économie du savoir. La privatisation des médias n’est pas seulement la vente d’actifs ou le transfert de responsabilités ; il s’agit d’un processus de « libération » de ce secteur des contraintes bureaucratiques et des complexités des systèmes opérationnels qui ont longtemps entravé sa capacité à innover et à concurrencer, dans le but de le transformer en moteur économique capable de générer des milliards dans le produit intérieur brut.
La réduction de la bureaucratie représente le principal bénéfice direct de la privatisation. Les institutions médiatiques sous gestion gouvernementale traditionnelle se heurtent souvent à des cycles administratifs longs, à des systèmes d’emploi rigides et à des législations qui ne suivent pas le rythme rapide de la technologie numérique. Ainsi, la privatisation vise à « aplatir » les structures organisationnelles, à simplifier les procédures et à orienter le système vers des indicateurs de performance (KPIs) stricts, axés sur les résultats plutôt que sur les processus routiniers. Cette simplification procédurale constitue un aimant pour attirer les investissements locaux et étrangers : l’investisseur ne recherche pas seulement un marché prometteur, mais également une « facilité de faire des affaires » et une rapidité de prise de décision, ce que la privatisation du secteur des médias permet en créant des entités flexibles capables de saisir les opportunités d’investissement au moment opportun.
En examinant les expériences internationales, on constate que la suppression de la bureaucratie a été la clé de grands succès. Au Royaume-Uni, l’expérience de « British Telecom » (BT) et des secteurs de diffusion qui lui sont liés a permis de transformer des entités massives et bureaucratiques en entreprises agiles capables de concurrencer à l’échelle mondiale, générant ainsi une explosion de l’innovation technologique dans les médias. En Corée du Sud, la séparation entre l’administration gouvernementale et la production de contenu a libéré le secteur privé, qui, grâce à sa flexibilité et sa rapidité, a conquis le monde avec la « vague coréenne », doublant ainsi les retours sur investissement et faisant de ce secteur un pilier essentiel de l’économie coréenne. Ces expériences démontrent que le secteur privé, lorsqu’il est libéré des contraintes législatives complexes, excelle dans la création de modèles de rentabilité sans précédent.
Cependant, cette voie vers la privatisation comporte des défis qu’il ne faut pas négliger. Le premier est le « défi du changement humain », puisque la privatisation exige une transformation radicale de la culture de travail des employés, passant de la mentalité du « poste garanti » à celle de « productivité et créativité ». Le second est le « défi de la régulation et du contrôle » : lorsque l’État se retire de son rôle d’exploitant, il doit renforcer son rôle de régulateur pour prévenir les monopoles, garantir la qualité du contenu et son alignement avec les valeurs nationales sans étouffer la créativité. Enfin, il y a la « concurrence mondiale féroce » des grandes plateformes de diffusion numérique disposant de budgets colossaux et de bases de données massives, ce qui exige des entreprises médiatiques saoudiennes privatisées de démarrer là où d’autres ont déjà atteint des niveaux techniques et artistiques élevés.
En termes d’opportunités d’investissement, le secteur médiatique saoudien privatisé ouvre des portes jusqu’alors fermées : du développement de villes intelligentes de production médiatique à l’investissement dans les technologies du « métavers » et de la réalité augmentée, jusqu’à l’industrie cinématographique, aujourd’hui en plus forte croissance dans la région. Les investisseurs ont désormais l’opportunité de nouer des partenariats à long terme pour produire du contenu local et l’exporter, ainsi que de développer des plateformes publicitaires basées sur les big data, des domaines générant des rendements très élevés par rapport aux secteurs traditionnels.
Globalement, les chiffres et les perspectives futures sont très prometteurs : le Centre national de privatisation vise à porter les investissements en capital du secteur privé à environ 240 milliards de riyals d’ici 2030 à travers les différents secteurs, avec une part significative pour les médias. Les prévisions indiquent que la contribution du secteur des médias et du divertissement au PIB pourrait atteindre 47 milliards de riyals, tout en créant des milliers d’emplois spécialisés nécessitant des compétences élevées en production, technologie et analyse financière. La privatisation des médias ne vise pas seulement à réaliser des économies, mais à construire une « industrie » digne de la stature mondiale du Royaume, une industrie qui évolue à la vitesse de la lumière, loin des contraintes bureaucratiques, et portée par la puissance de l’investissement intelligent.
Discover more from المنتدى الدولى للصحافة والإعلام
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
